La République démocratique du Congo est l’un des pays les plus pauvres du monde et reste l’une des nations les plus démunies d’Afrique de l’Est. Outre les problèmes de malnutrition, de santé et d’éducation, les enfants des rues représentent une autre forme de vulnérabilité. Dans les grandes villes de la RDC, il est fréquent de voir des enfants errer dans les rues. Beaucoup d’enfants sont nés dans la rue, d’autres ont été abandonnés par des parents qui ne peuvent pas s’occuper de leurs enfants.
Cet extrait du compte rendu de HUMAN RIGHT WATCH 2005 Vol 18 nous en dit plus sur l’évolution des enfants des rues en RDC :
Les enfants des rues dans les années 70
« Les enfants vivants et travaillant dans la rue, dépourvus de l’attention et de la protection de leurs parents, constituent un phénomène relativement récent en RDC, comme dans de nombreux pays d’Afrique sub-saharienne.
Les militants congolais qui luttent pour la protection des enfants, les juristes et les spécialistes familiarisés avec les problématiques liées aux enfants de la rue nous ont déclaré, lors d’entretiens, qu’avant les années 1970, la RDC comptait peu, voire pas du tout d’enfants vivant en permanence dans la rue.
Jusque-là, les enfants vagabonds étaient rapidement déférés devant un juge et ensuite, ils retrouvaient leur famille ou étaient placés dans des institutions privées ou publiques pour enfants connues sous le nom d’Etablissements de Garde et d’Education de l’Etat (EGEE).
Selon Floribert Kingeleshi du bureau du ministère de la Justice chargé de la délinquance juvénile, la réponse de l’Etat face au problème des enfants vulnérables et dans le besoin a changé dans les années 1970 et 80, moment où les ressources disponibles pour payer la police, le personnel judiciaire et pour financer les institutions gouvernementales ont diminué.
La police a cessé d’arrêter systématiquement les enfants pour vagabondage et les institutions gouvernementales chargées de s’en occuper sont tombées en ruines et en désuétude. A la même époque, le déclin de l’économie congolaise, conjugué à une augmentation du chômage, a rendu l’école inabordable pour beaucoup de parents congolais pauvres. » HRW.
La situation des enfants de la rue Aujourd’hui
En 2022, le constat est catastrophique pour la RDC nous sommes passés de « peu » d’enfants vivant dans la rue à une multitude d’enfants des rues. Selon l’Unicef la RDC compte aujourd’hui plus de 8 millions d’enfants des rues répartis dans les différentes villes provinces du pays. Parcourant les rues de la ville de Kinshasa, vous constaterai un nombre élevé d’enfant des rues appelé communément « Phaseurs » ou encore « Shégués » mendiant de l’argent et/ou vendant de l’eau, de la nourriture, ou encore transportant des marchandises dans les marchés de la ville pour pouvoir se nourrir. Dans la majeure partie des cas, ses enfants travaillent au compte d’une tiers personne qui s’approprie les revenus les laissant sans grand-chose. En effet, selon l’Unicef, la ville de Kinshasa compte à elle seule plus de 20 000 enfants des rues.
Plusieurs causes expliquent ce nombre hallucinant.
Notamment, le chômage des parents, le divorce, le décès de l’un ou des deux parents, l’exode rurale ainsi que l’accroissement de la population.
Les 4 catégories
Les Orphelins
Les enfants issus d’un divorce
Les enfants dit « sorciers »
Les enfants « Kulunas »
Une cinquième catégorie que nous retenons qui n’est pas cité dans la liste ci-dessus. La 5e est celle des enfants nés dans la rue issue des mères mineure et prostituées. Ces dernières ont eu recours à ce « travail » afin de subvenir à leur besoin. Pour y voir plus clair, voici un extrait d’un rapport du BICE (Bureau International Catholique de l’Enfance) : « Les mères de ces enfants, dont la quasi-majorité sont mineures, sont tombées enceinte suite à des activités de prostitution – seul moyen pour elles de survivre – ou à la suite d’un viol.
Les nourrissons sont confrontés à des conditions de vie mettant en danger leur santé et développement. Pour nourrir son enfant, la mère n’a souvent d’autre choix que de continuer à se prostituer et à voler. Après les premiers mois, les jeunes mères essayent souvent de confier leur enfant à une parente éloignée. Cependant, dans un contexte de grande pauvreté et faute de scolarisation, ces jeunes enfants ont de fortes probabilités de retourner dans la rue dès leur plus jeune âge. » Les enfants des rues en République démocratique du Congo (bice.org)
Ces enfants sont exposés à divers dangers dont : le travail d’enfant, le trafic d’enfant, le vol d’enfant, l’insécurité, la prostitution, la malnutrition ainsi que le viol.
Le Viol
En ce qui concerne le viol, les jeunes garçons sont eux aussi exposés à ce danger. Cependant, ne dénonce pas cela à cause de la culture et de la « honte » liée à ce sujet. Car en tant qu’homme, et ce même en étant encore un enfant un tel acte est considéré comme une « faiblesse ». Parce qu’il faut « qu’il soit un homme » Alors pour ces enfants cela n’est pas un viol car personne ne prête attention à leur souffrance. Ci-dessous un extrait du compte rendu de Human Right Watch 2005 Vol 18 à ce sujet :
« A l’instar des filles vivant dans la rue, les garçons risquent également de subir des abus sexuels. Et beaucoup ont été victimes de viols commis par des hommes et des garçons de la rue plus âgés. Les plus jeunes et ceux qui viennent d’arriver dans la rue sont particulièrement exposés aux agressions sexuelles. Certains cas de viol d’enfants de la rue font partie du bizutage ou “baptême” comme nous l’avons décrit plus haut. Certains garçons avec lesquels nous avons parlé ont toutefois accepté de parler des abus sexuels qu’ils avaient subis dans la rue. Aucun d’eux n’avait officiellement dénoncé le viol ou cherché une aide médicale. En partie, ont-ils expliqué, parce qu’ils étaient trop gênés de signaler ces actes ou ils sentaient que la police ne ferait rien ou pire, qu’elle se moquerait d’eux. » HRW Vol 18 Page 39
Afin de nous permettre de réaliser, si cela est possible, ce que ces enfants endurent. Voici un troisième extrait du compte rendu de Human Right Watch 2005 Vol 18 sur les conditions des enfants des rues en RDC. Celui-ci est un témoignage de deux enfants de la rue :
L’histoire de Jim
« Jim, onze ans, est parti de chez lui après le décès de sa mère lorsqu’il avait neuf ans. Il a vécu dans les rues de Mbuji-Mayi pendant pratiquement deux ans, avec un groupe de six garçons qui avaient à peu près son âge.
Il passait son temps à ramasser la farine qui tombait d’un moulin pour faire du foufou (repas de farine de manioc) qu’il mangeait ou vendait, à chercher du travail et à jouer avec ses amis.
La nuit, ils prenaient leurs boîtes en carton et dormaient dans des églises et des bâtiments abandonnés. Jim nous a raconté que les garçons plus âgés venaient et le sodomisaient, le considérant comme leur “femme.”
Ça m’est arrivé souvent. Parfois on nous promettait de la nourriture ou de l’argent si on était d’accord pour faire ça mais je n’ai jamais rien reçu. D’autres fois, je les laissais me sodomiser en échange de leur protection ou pour partager des espaces pour dormir. C’étaient des hommes et des garçons différents à différents moments, pas toujours le même homme. Ils n’utilisaient jamais de préservatifs. Quand ils me faisaient ça, ça pouvait faire très mal et me faire beaucoup souffrir. Je prenais souvent de la drogue, comme ça je n’y pensais pas trop » HRW Vol 18 Page 39
L’Histoire de Gabriel et Frédéric
Gabriel, dix ans, a passé deux ans dans la rue avant d’accepter de vivre dans un centre de réhabilitation pour enfants de la rue à Goma. Dans la rue, il vivait avec un groupe d’une dizaine de garçons de son âge. Ils dormaient ensemble la nuit pour se protéger des civils et de la police. Cela ne les empêchait pourtant pas d’être harcelés par des garçons plus âgés : il a montré aux chercheurs de Human Rights Watch les cicatrices qu’il a sur les bras et les jambes, expliquant que des plus âgés avaient fait fondre du plastique chaud sur sa chair.
Frédéric, un garçon de quinze ans qui vit dans les rues de Lubumbashi depuis près de cinq ans, nous a raconté quelque chose de similaire : “Les violences que nous font subir les gamins de la rue plus âgés sont pires que le harcèlement de la police. Il y a deux hommes, Hamisi et Bertrand. Les adultes viennent ici la nuit quand je dors, et mettent leurs mains dans mes poches pour voir si j’ai de l’argent.
Les Yaya ne demandent jamais, ils se servent simplement. Ils sont beaucoup plus grands que moi, donc c’est difficile de leur échapper. Un jour, ils m’ont brûlé parce que je refusais de leur donner mon argent. Ils m’ont emmené dans une allée et ont fait fondre des morceaux de sacs en plastique chauds sur mes jambes. » HRW Vol 18 Page 35

Les enfants des rues de Kinshasa, qui sont livrés à eux-mêmes dans des conditions difficiles dans les rues de Kinshasa, souffrent du climat chaud et humide de la ville.
Avec pour conséquences : l’analphabétisation, la non-scolarisation, le détachement familiale, problèmes psychologiques, addiction à l’alcool, à la drogue etc…
Pour survivre, d’autres se livrent à des pratiques illicites, comme le vol ou encore le banditisme. Notamment, par le commerce de la drogue et la re-selle des objets volés.
Les jeunes filles sont exposées à la prostitution et sont à la merci des proxénètes, ce qui entraîne des grossesses non désirées et des maladies sexuellement transmissibles.
Ces dernières peuvent avoir des relations sexuelles avec plusieurs partenaires dans la journée sans préservatifs, pour pas grand-chose. Les jeunes garçons quant à eux, se lancent dans le phénomène des « Kulunas » d’autres errent dans différents coins de rues mendiant et ou volant les passant. Ce phénomène engendre des enfants de rue de deux, voire trois générations. Pour eux, la rue c’est tout ce qu’ils connaissent, c’est leur habitat, c’est leur maison. Cette rue qui les a tout appris, les a aussi volés leur enfance.
Les enfants des rues et WAZAI
C’est dans cette réalité que WAZAI intervient en réponse au fléau des enfants des rues en RDC. Et particulièrement, dans la ville province de KINSHASA afin de changer l’histoire des enfants des rues et de sensibiliser les adultes sur la question des enfants des rues.